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Opinion : La décennie de la transformation structurelle


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PH!DR: Au cours de la prochaine décennie, une plus grande partie de la valeur ajoutée devra rester sur le continent.

PH:DR Georges ELOMBI, Auteur de cette réflexion

Au cours de la prochaine décennie, une plus grande partie de la valeur ajoutée devra rester sur le continent. Lorsque j’ai prêté serment en tant que quatrième président d’Afreximbank, le 25 octobre 2025, j’ai pris un engagement profond envers les actionnaires de la banque et le continent africain : celui de promouvoir la transformation des minerais et des produits agricoles du continent. Telle est, en résumé, la mission de l’Afreximbank.

La banque a été créée pour transformer la structure du commerce africain, une structure qui reste trop dépendante de l’extraction et de l’exportation des matières premières. Pour changer cela, nous devons transformer et nous devons produire. Si l’Afrique ne produit pas, elle ne peut pas commercer à l’échelle nécessaire pour créer une prospérité durable.

Voici dix ans, en 2016, lors de la 23e assemblée annuelle d’Afreximbank aux Seychelles, l’ancien président du Nigeria, Olusegun Obasanjo, a évoqué un moment décisif de son mandat au cours d’une discussion informelle en fin de soirée. Il a raconté l’une de ses décisions les plus marquantes : avoir convoqué quelques jeunes entrepreneurs et industriels – alors grands importateurs de produits manufacturés tels que le ciment, le riz et d’autres produits de première nécessité – et les avoir mis au défi de réorienter leurs modèles économiques vers la production nationale dans un délai de trois ans.

Il leur a assuré que cette initiative serait soutenue par la politique gouvernementale, notamment par une interdiction des importations de ces produits. Fidèle à sa parole, le Nigeria a interdit les importations de ciment en 2001, puis a étendu ces interdictions à d’autres produits. Cette décision courageuse a depuis transformé le Nigeria en un important producteur et exportateur de ciment et d’engrais, lui a permis d’atteindre l’autosuffisance en matière de production de riz et a positionné le pays comme un leader industriel dans le secteur du raffinage.

Aujourd’hui, le Nigeria est un exportateur net de ciment et produit tout le riz qu’il consomme.

L’Éthiopie offre un autre exemple frappant de transformation économique rapide en Afrique. Entre 2004 et 2020, le pays a connu un rythme d’expansion exceptionnel – souvent qualifié de « miracle éthiopien » – avec une croissance moyenne supérieure à 11 %.

 Changement de mentalité

Au cours de cette période, son économie s’est considérablement développée, passant d’un modeste chiffre de 10 milliards de dollars en 2004 à environ 150 milliards $ en 2024, ce qui a permis à l’Éthiopie de se hisser parmi les cinq plus grandes économies africaines. Cette performance a été soutenue par un programme de développement industriel audacieux et d’initiative nationale, appuyé par des partenariats internationaux soigneusement sélectionnés.

Si le Nigeria et l’Éthiopie ont montré ce qu’il était possible de réaliser, notre continent continue d’exporter trop de matières premières et d’importer trop de produits que nous pourrions fabriquer nous-mêmes. Les matières premières primaires représentent encore plus de 75 % de nos exportations, tandis que les produits manufacturés constituent 60 % de l’ensemble des importations. Avec une telle structure commerciale, l’Afrique ne tire qu’une valeur marginale de ses ressources naturelles, laissant la valeur quitter notre continent pour la racheter ensuite à un coût bien supérieur à son prix d’origine.

Il est donc frappant de constater que, bien qu’elle exporte plus de 1,02 million de tonnes de noix de cajou – soit plus du double des 480 000 tonnes du Vietnam –, la Côte d’Ivoire ne tire que 1,2 milliard $ de recettes d’exportation, contre 3 milliards pour le Vietnam. Il en résulte un taux de chômage élevé, une faible capacité industrielle et une vulnérabilité accrue aux chocs extérieurs ; ainsi qu’une capacité limitée des gouvernements à générer des recettes nationales pour construire les infrastructures économiques et sociales qu’ils promettent à leur population.

Pour que le continent dans son ensemble connaisse une transformation similaire à celle réalisée au Nigeria, un changement radical de mentalité sera nécessaire : passer de la timidité au courage, le courage de rompre avec l’orthodoxie et de mener des programmes audacieux qui apportent un véritable changement aux pays africains et à leurs populations. Cela exige des dirigeants du continent qu’ils prennent la décision courageuse de miser sur la transformation locale, sans se plier aux diktats d’autrui, mais en poursuivant leurs propres aspirations.

Les expériences du Nigeria, des économies asiatiques et l’histoire plus large de la transformation industrielle montrent clairement que le changement structurel en Afrique ne peut se faire sans effort. Il ne peut reposer sur une rhétorique creuse, mais doit s’appuyer sur des politiques ou stratégies industrielles menées par les gouvernements, qui traduisent des souhaits et aspirations vieux de plusieurs décennies en plans concrets et offrent des incitations ciblées pour faire progresser la transformation locale.

La dernière décennie a montré ce qui est possible

La solution ne peut toutefois pas résider simplement dans l’interdiction d’exporter des matières premières minérales, telles que le cacao, le coton, le caoutchouc ou toute autre matière première. Les restrictions à l’exportation peuvent certes créer un espace pour l’industrie locale, mais cela ne suffira pas à définir une stratégie industrielle. La clé réside dans l’apport de capitaux et dans l’attraction de l’expertise nécessaire, qui fait généralement défaut dans les secteurs critiques. Cela doit également passer par des investissements dans les infrastructures qui soutiennent la transformation, notamment la production, le transport et la distribution d’énergie, ainsi que les infrastructures de transport et portuaires.

Lorsque l’Afreximbank a décidé d’investir dans le développement de zones économiques spéciales (ZES) au Gabon, au Bénin, au Togo et ailleurs, elle ne l’a pas fait dans le but d’obtenir des retombées financières immédiates pour l’institution et ses actionnaires, mais parce que c’était la voie à suivre pour transformer les économies locales. Ces zones industrielles créent déjà des chaînes d’approvisionnement nationales et permettent à des milliers de personnes de sortir de la pauvreté. Les retombées positives des investissements sociaux sont également évidentes : la modernisation des services hospitaliers, un meilleur accès à l’éducation et l’augmentation des recettes publiques comptent parmi les nombreux résultats positifs.

Au Togo, la plateforme industrielle d’Adétikopé a fait progresser de 10 % les exportations de produits manufacturés du pays, a soutenu 13 000 agriculteurs et a créé plus de 3 000 emplois.

Au Gabon, la transformation du bois a démontré l’intérêt de la transformation locale, en générant 8 000 emplois directs et 12 000 emplois indirects.

Au Nigeria, la raffinerie Dangote, dont Afreximbank est le principal bailleur de fonds, renforce la progression de l’Afrique vers l’autosuffisance énergétique. Ces projets ne sont pas isolés. Ils illustrent un modèle qui commence par l’identification d’une chaîne de valeur, puis passe à la mobilisation de financements, à la construction d’infrastructures, à la mobilisation d’investisseurs et, enfin, à la garantie qu’une plus grande partie de la valeur reste sur le continent.

Pourquoi les partenariats sont importants

Ce modèle doit désormais être reproduit et étendu à l’ensemble de l’Afrique.

L’interdiction récente par le gouvernement kenyan d’exporter des minerais bruts, mise en œuvre par le biais de nouvelles réglementations minières, visait à promouvoir la création de valeur locale et à accroître les revenus des communautés locales. Cette décision reflète une prise de conscience plus large selon laquelle le continent ne peut pas rester un simple entrepôt au service des ambitions industrielles mondiales. Cependant, les politiques doivent s’accompagner de financements, d’infrastructures et d’une mise en œuvre effective.

Si nous souhaitons transformer les minerais, nous avons besoin d’énergie, de transports, de logistique, de technologie, de compétences et de projets viables. Si nous voulons fabriquer des batteries, des composants automobiles, des textiles, des pneus ou des produits pharmaceutiques, nous avons besoin d’investisseurs qui voient des écosystèmes industriels crédibles, et non des marchés fragmentés et des barrières réglementaires.

Le volume considérable de capitaux requis ne peut être mobilisé par une seule institution. L’Afrique a besoin d’une coalition de volontaires : gouvernements, institutions de financement du développement, banques nationales, banques commerciales, investisseurs institutionnels, tous alignés sur des plans de transformation et de fabrication pour le continent.

Prenons l’exemple du caoutchouc.

Le Liberia possède une longue histoire dans la production de caoutchouc et s’enorgueillissait autrefois d’un riche héritage dans la fabrication de pneus. Cette capacité et cette chaîne de valeur doivent être reconstruites. L’ambition ne doit pas se limiter à l’exportation de caoutchouc, mais s’étendre à la production de pneus et d’autres produits à base de caoutchouc en Afrique, au service des secteurs africains des transports, de la logistique, de la construction et d’autres secteurs et services. La même logique s’applique au cacao, domaine dans lequel l’Afrique a déjà expérimenté des initiatives de transformation, mais avec des résultats mitigés.

Le coton offre une autre opportunité

Lors de la Conférence ministérielle de l’OMC à Yaoundé, j’ai clairement indiqué que notre ambition devait être de transformer le coton africain sur le sol africain et de bâtir une industrie textile et de l’habillement compétitive à l’échelle mondiale. Grâce à des investissements dans des zones économiques spéciales et à des partenariats avec des plateformes industrielles, nous œuvrons à un avenir où le coton africain quittera le continent sous forme de tissus, de vêtements et de produits finis, et non plus sous forme de fibres brutes.

Depuis 2003, les pays africains du « Cotton 4 » (aujourd’hui « Cotton 4+ ») plaident, par l’intermédiaire de l’OMC, en faveur de conditions de concurrence équitables en réclamant la suppression des subventions accordées aux producteurs de coton des économies développées. Dans le monde concurrentiel d’aujourd’hui, les pays africains doivent apprendre à compter sur eux-mêmes et à forger des alliances qui favorisent la réalisation de leurs objectifs de développement.

Passer de l’exportation de balles de coton à la transformation et à la fabrication de vêtements et de textiles offre les meilleures perspectives pour ces économies. Le marché africain de l’habillement est considérable, les importations de vêtements et de textiles s’élevant à 10 milliards $ par an. Ces importations pourraient être remplacées par des approvisionnements provenant d’usines situées au Bénin, au Togo, en Côte d’Ivoire et dans d’autres pays transformateurs de coton.

Au Bénin, les investissements dans les capacités industrielles ont permis de passer de l’exportation de coton brut à la production de textiles et de vêtements, fournissant ainsi des produits de qualité à de grandes marques mondiales telles que Nike, Zara et H&M.

La concrétisation de cette ambition dépendra d’investissements coordonnés tout au long de la chaîne de valeur : un approvisionnement électrique fiable, des infrastructures de transport et de logistique, l’accès à des financements à long terme abordables, des machines modernes, une main-d’œuvre qualifiée, des normes de qualité et des liens plus solides entre les agriculteurs, les transformateurs et les fabricants. Elle exigera également que les gouvernements harmonisent leurs politiques industrielles, commerciales et d’investissement afin que les producteurs africains puissent être compétitifs à grande échelle, accéder aux marchés régionaux et répondre aux exigences des acheteurs mondiaux.

Les ZES et les plateformes industrielles peuvent en constituer le fondement, mais leur succès dépendra de l’écosystème plus large qui permet à la production de circuler efficacement de l’exploitation agricole à l’usine, puis, en fin de compte, jusqu’au consommateur.

L’appui de l’Afrique du Sud

Le deuxième objectif est de nature plus structurelle.

L’Afrique ne peut continuer à dépendre d’arrangements économiques dans lesquels un conflit se déroulant à des milliers de kilomètres de là peut si rapidement menacer son développement interne. Si nous voulons vraiment parler de résilience, celle-ci doit signifier bien plus que l’accès à des liquidités d’urgence. Elle doit signifier le renforcement et le perfectionnement des capacités, la production d’engrais, la mise en place de corridors logistiques stratégiques, d’infrastructures de stockage, de capacités de transformation à l’exportation et de systèmes de paiement permettant de traiter et de financer une plus grande partie de nos échanges selon nos propres conditions.

Je me réjouis que, grâce à l’adhésion de l’Afrique du Sud à Afreximbank, l’ampleur et le potentiel d’une transformation structurelle fondée sur l’industrie se soient considérablement améliorés.

En tant que première économie d’Afrique, l’Afrique du Sud apporte une capacité industrielle considérable, une puissance financière et une portée régionale. Elle offre à la Banque une couverture continentale complète et renforce notre capacité à mobiliser des investissements pour l’industrie manufacturière, l’énergie, les parcs industriels et le financement inclusif.

Pourtant, les capitaux ne suffiront pas.

La concrétisation des ambitions industrielles de l’Afrique exigera un changement d’état d’esprit partagé par toutes les institutions, avec davantage d’urgence, de coordination et d’attention portée à la facilitation de l’entrepreneuriat. L’enregistrement des entreprises, le dédouanement portuaire, l’octroi de licences et les autres procédures administratives doivent devenir plus rapides, plus simples et plus prévisibles. L’industrialisation ne peut progresser là où la bureaucratie freine l’investissement et le commerce. Chaque maillon du système doit être aligné pour faciliter l’activité productive, supprimer les obstacles inutiles et aider les entreprises à passer de l’ambition à l’action.

L’industrialisation est une lueur d’espoir. Elle constitue le fondement de l’emploi, de la résilience, de la souveraineté, du progrès économique et de la dignité. L’Afrique dispose de ressources abondantes, ainsi que des capitaux nécessaires, pour se construire. Je le répète, nous avons besoin d’une coalition de volontaires pour y parvenir.

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