
PH:DR: Dangote voulait dix millions d’actionnaires africains.
Dangote voulait dix millions d’actionnaires africains. Il découvre qu’entre deux Bourses, les frontières résistent mieux que les slogans panafricains. Une introduction en Bourse qui révèle les limites de l’intégration financière.
La faute à qui ? Gavroche avait Voltaire et Rousseau. Aliko Dangote, lui, a les frontières africaines. À chacun ses coupables. Sauf que, cette fois, l’accusation n’est pas tout à fait fantaisiste. L’homme à l’origine du projet de la plus grande raffinerie d’Afrique découvre qu’il est parfois plus facile de faire sortir des barils que de faire entrer des actionnaires.
Son rêve avait pourtant du panache : dix millions de petits porteurs, du Nigeria au Kenya, invités à s’offrir, pour quelques dollars, un morceau de son empire. La démocratie pétrolière, avec un ordre de Bourse en guise de bulletin de vote.
Il ne faudrait pas prendre le milliardaire pour un philanthrope distrait. Dangote ne cherchait pas seulement des fonds. En faisant de ses futurs clients des copropriétaires, il pouvait aussi élargir sa base de soutien là où sa raffinerie entend bousculer les importateurs et distributeurs déjà installés. Dix millions d’actionnaires, autant d’ambassadeurs possibles. Sur le papier, l’idée se défend. Et se vend très bien.
Mais l’Afrique adore l’intégration économique. Surtout quand il s’agit d’en parler.
Ouverte le 14 septembre, l’offre devait s’achever le 13 octobre. Elle a été prolongée jusqu’au 27. Officiellement, pour répondre à l’intérêt manifesté par les investisseurs. Dans les faits, le caractère panafricain de l’opération se heurte à un obstacle de taille : l’offre n’a été enregistrée qu’au Nigeria. Dans ce pays, les canaux de souscription sont nombreux. Ailleurs, l’accès est plus limité et les formalités supplémentaires. Au Kenya, il a fallu une autorisation particulière. Acheter une action chez le voisin relève parfois du visa financier.
Bien sûr, les régulateurs protègent l’épargne, et Dangote aurait pu mieux préparer les autorisations. On ne fait pas une IPO panafricaine à coups de slogans. Mais la leçon dépasse son cas. L’Afrique proclame un marché commun, sans avoir abattu les cloisons entre ses Bourses, ses règles de change et ses régimes d’offre publique. Le pétrole peut traverser les frontières ; les capitaux, eux, doivent encore montrer patte blanche.
Il serait prématuré de parler d’échec. L’opération n’est pas terminée et l’appétit des investisseurs ne se confond pas avec la facilité de souscrire. Reste une question : si Dangote, avec ses moyens et sa notoriété, doit négocier ainsi l’accès aux épargnants africains, quelles perspectives pour une PME ?
Gavroche chantait pour narguer le sort. Dangote, lui, vient peut-être de donner à l’intégration financière africaine un refrain moins drôle : la faute aux frontières. (Agence Ecofin)
www.l-integration.com – L'INTEGRATION – Actualité L-integration journal actualité bénin monde afrique ligne intégration
