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Musique  : Pierre Akendengué: 50 ans d’«Afrika Obota», un album de convictions


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PH:DR:Sortir la musique africaine du milieu dans lequel elle était cantonnée

Il y a 50 ans, Afrika Obota imposait le Gabonais Pierre Akendengué comme l’un des artistes les plus singuliers de la musique d’Afrique francophone, tant pour son univers que sa mise en musique. Enregistré à Paris, ce deuxième album éclaire le parcours, les convictions et l’écriture d’un artiste pionnier.

Un demi-siècle après son enregistrement à Paris, dans un studio logé sur les flancs de la colline de Montmartre, « Afrika Obota » résonne encore ce 31 janvier 2026 dans la salle de l’Institut français de Libreville, au Gabon. Pierre Akendengué, qui va sur ses 83 ans, sait que cette chanson occupe une place particulière dans son répertoire et il ne pouvait pas l’oublier dans son concert diffusé sur RFI, même si 90 % de ses compatriotes n’étaient pas nés lorsqu’il l’a formalisée !

Il y est question de l’unité africaine, que l’auteur appelle de ses vœux, au point de placer le morceau en tête de la face A du 33 tours et de donner son nom à son deuxième album qui parait en 1976. « Afrique, notre mère », répète le chanteur en myènè, l’une des langues de son pays traversé par l’Équateur.

Dans le contexte international qui prévaut à l’époque, où la guerre froide a percuté la décolonisation, le trentenaire n’est pas imperméable aux idéologies qui circulent sur son continent. « Sur le trottoir d’en face », présent sur son précédent disque en 1974, avait déjà permis de s’en rendre compte et d’apprécier l’écriture en français de ce chanteur poète au phrasé remarquable qui file de longues métaphores et retrouve le réel avec des formules-chocs, pour dresser d’amers constats.

S’exprimer à travers des personnages de contes

Cette fois, durant près de six minutes, il conte dans « Considérable », devenu un classique, l’histoire de Poé, « petit par les centimètres, grand par les sentiments ». Les neuf strophes lui permettent d’égratigner ce qui se passe dans un pays imaginaire, même si toute ressemblance avec des faits réels n’est probablement pas fortuite…

« Vivre sans vivre la liberté dans notre pays, ce n’est pas digne d’un peuple considérable comme nous », clame son personnage (à la base un oiseau récurrent dans son œuvre, ici sous les traits d’un homme) condamné à la pendaison pour avoir simplement pensé ces propos !

Dans « Orei II », le Caméléon sorti lui aussi du bestiaire de l’artiste est fusillé pour avoir osé dire : « Jamais je ne trahirai mon peuple ! Je veux la libération de mon peuple. » Au Gabon, le régime d’Omar Bongo goûte peu les paroles de ces chansons et sanctionne Akendengué, persona non grata sur sa terre natale qu’il a quittée en 1964 après avoir décroché une bourse pour terminer sa scolarité secondaire à Orléans.

Parallèlement à la sortie d’Afrika Obota, le chanteur s’apprête à défendre sa thèse de psychologie, ce qui lui vaut d’être rangé dans « la classe supérieure au point de vue intellectuel » par le magazine Bingo de mai 1976 (il passera une autre thèse en 1986 à la Sorbonne, « Religion et éducation traditionnelle en pays nkomi au XIXe siècle »).

« J’étais en France pour les études, la musique n’était pas un projet de vie pour moi. Je n’avais pas à rechercher les conseils de quelqu’un. La trajectoire qui est la mienne est celle de ce qu’on appelait un chanteur engagé. Avec ma guitare, seul d’abord », explique-t-il.

Sortir la musique africaine du milieu dans lequel elle était cantonnée

Dans son pays d’accueil, il ne lui faut pas longtemps pour être repéré. Dès 1967, il entre au Petit Conservatoire de la chanson, émission de télévision ancêtre de la Star Academy qui a révélé de nombreux talents français (Françoise HardyAlain Souchon…). Sa célèbre animatrice Mireille ne cache pas son admiration pour ce garçon du Gabon dont elle ne sait jamais prononcer le nom mais qui a « une façon de [s’]accompagner extraordinaire, rare » avec son instrument.

In fine, l’expérience ne s’avère guère fructueuse. « Mes chansons d’inspiration philosophico-religieuse n’intéressaient pas les maisons de disques qui considéraient que l’Afrique était un grand dancing », rappelle-t-il. Tout change au début des années 70 grâce à sa rencontre avec Pierre Barouh.

Le producteur, dont le label Saravah a mis en lumière Jacques Higelin et Brigitte Fontaine, n’a pas le profil habituel de la fonction. Qui plus est, son attirance pour le Brésil lui a ouvert les yeux sur le poids de l’influence culturelle des esclaves déplacés de l’autre côté de l’Atlantique. « Il a cru à cette évolution de la musique africaine qui ne pouvait vraiment pas rester cantonnée dans les bars et les bals », confie Pierre Akendengué.

Au fil des morceaux réunis sur l’album cinquantenaire, toute la richesse et la diversité musicale de l’artiste se dévoilent : son appétence pour les sonorités afro-cubaines (il les affirmera dans une autre version de la chanson « Afrika Obota » en 2008 sur Vérité d’Afrique), ses liens avec la liturgie chantée héritée des années d’église, sa capacité à faire siennes les mélodies et harmonies de la chanson française…

Les récompenses se multiplient pour Afrika Obota : prix de la jeune chanson francophone, prix de la Société des auteurs compositeurs et éditeurs de musique (Sacem). La reconnaissance qui couronne alors le travail et le talent de Pierre Akendengué pose les bases d’un statut : celui d’un artiste de référence, dont la renommée reste intacte en 2026.

Pierre Akendengué Africa Obota (Saravah) 1976

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