
Ph:DR: Pierre Claver GATETE, Secrétaire Exécutif de la CEA
« Aucun pays ne peut être compétitif au XXIe siècle sur des bases analogiques », a déclaré Claver Gatete, secrétaire exécutif de la Commission économique pour l’Afrique (CEA), appelant les économies africaines à accélérer leur transformation numérique.
Ce changement, a-t-il souligné, exigera des pays qu’ils « dynamisent, connectent et numérisent » leurs économies. Il s’exprimait lors de la Conférence des ministres africains des Finances, de la Planification et du Développement économique (CoM2026), où décideurs et experts se sont réunis pour examiner comment l’innovation, les données et les nouvelles technologies peuvent stimuler la croissance et créer des emplois.
Les discussions ont porté sur les conditions nécessaires à la construction d’économies plus compétitives et plus productives, au renforcement des compétences pour un marché du travail en mutation, à l’amélioration de l’accès au financement pour les entreprises et au déploiement à grande échelle de l’innovation, notamment des technologies de pointe telles que l’intelligence artificielle qui remodèlent la productivité et les marchés du travail.
Face à la hausse du chômage en Afrique, le marché du travail du continent est soumis à une pression croissante. Le rythme et l’ampleur de la création d’emplois ne suivent pas la croissance démographique rapide, obligeant les décideurs politiques, les économistes et les innovateurs à rechercher des solutions à grande échelle.
Ce défi a remis sur le devant de la scène le rôle de l’innovation et de la technologie dans la croissance et la création d’emplois.
Dans un entretien accordé à la série « Afrique durable » de la CEA, Ojoma Ochai, directrice générale de Co-Creation Hub, a déclaré que l’intérêt croissant porté à l’innovation et aux technologies émergentes pour créer des emplois et élargir les opportunités économiques reflète les objectifs poursuivis depuis longtemps par les acteurs de l’écosystème technologique.
Elle a souligné un décalage persistant entre les idées et leur mise en œuvre. « De nombreuses recherches sont menées, mais elles se traduisent rarement par des applications industrielles ou de nouveaux produits », a déclaré Mme Ochai.
Pour combler ce fossé, Co-Creation Hub œuvre au sein de l’écosystème de l’innovation, en soutenant les jeunes entreprises, en développant les talents et en créant des passerelles entre la recherche et le marché.
Un exemple en est son programme Uni:nnovators, mis en œuvre en Namibie, au Nigéria et au Kenya, où des étudiants sont accompagnés, grâce à des ateliers de conception et des hackathons, pour développer des solutions et créer des entreprises dans des secteurs aussi variés que la santé et l’agriculture.
Au-delà du soutien aux startups, l’action de l’organisation vise également à développer les talents et à faciliter l’accès aux opportunités.
« Nous ne nous attendons pas à ce que le fondateur d’une startup possède toutes les compétences », explique Mme Ochai. « Grâce à notre écosystème, nous trouvons des moyens de mettre les gens en relation avec les talents dont ils ont besoin. »
Cela inclut la mise en relation des candidats et des entreprises, le développement des compétences et le renforcement des capacités au sein de l’écosystème au sens large.
Pour de nombreux innovateurs, la création de solutions n’est que la première étape. Les déployer sur différents marchés et toucher un public suffisamment large pour avoir un impact économique significatif s’avère souvent plus complexe.
Mme Ochai explique que son organisation a bâti son action autour de l’idée d’une Afrique plus connectée, en aidant les entrepreneurs à se développer sur différents marchés et à appréhender les réalités de l’expansion. « Nous croyons au potentiel d’une Afrique connectée et nous avons intégré cette conviction dans nos programmes », conclut-elle.
Cela inclut d’aider les entrepreneurs à s’implanter sur de nouveaux marchés et de faciliter ce qu’elle a décrit comme des « atterrissages en douceur », depuis les exigences en matière de licences et de réglementation jusqu’aux espaces de bureaux et aux réseaux locaux.
Sur tout le continent, des technologies telles que l’intelligence artificielle, les plateformes numériques et les paiements mobiles commencent à transformer des secteurs entiers, de l’agriculture à la finance, en élargissant l’accès et en améliorant la productivité.
Les systèmes de paiement numérique et l’argent mobile, par exemple, réduisent les coûts de transaction et élargissent l’accès aux services financiers, tandis que le commerce électronique et les plateformes de paiement transfrontalières favorisent des échanges plus efficaces sur les marchés africains. Cependant, la capacité à déployer ces innovations à grande échelle reste inégale d’un pays à l’autre.
- Gatete a souligné que « malgré l’essor de l’activité numérique sur le continent, une part importante de la valeur continue de s’accumuler ailleurs », mettant en évidence la nécessité de cadres de gouvernance, de systèmes réglementaires et d’une fiscalité numérique plus robustes afin de garantir que les pays africains conservent et tirent profit de leurs propres données.
À mesure que les économies évoluent, les systèmes d’éducation et de formation devront suivre le rythme, en veillant à ce que les jeunes soient dotés des compétences nécessaires pour un monde du travail en mutation.
Un financement adéquat sera également essentiel pour garantir le développement de ces initiatives et opportunités.
Lors de la conférence CoM2026, un large consensus s’est dégagé : l’innovation, alimentée par les données et les nouvelles technologies, n’est plus une option. Elle est essentielle à la création d’emplois, à l’augmentation de la productivité et au développement d’économies plus compétitives en Afrique.
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