
PH:DR: Xiangchen Zhang, Directeur général adjoint, OMC
Par Xiangchen Zhang, Directeur général adjoint, OMC
Nous sommes actuellement à mi-parcours du Programme d’action de Doha des Nations Unies, un programme décennal qui fixe des objectifs commerciaux ambitieux pour aider les pays les moins avancés (PMA) du monde à jouer un rôle plus actif dans le commerce mondial d’ici à 2031.
La communauté internationale a fait des progrès constants pour atteindre ces ambitions depuis le lancement du programme en 2022. Dans le même temps, nous avons été confrontés à de fortes turbulences en raison de tensions géopolitiques et de perturbations prolongées. L’environnement extérieur n’a jamais été aussi difficile.
Les Membres de l’OMC ont répondu aux appels des PMA en faveur d’une amélioration des possibilités d’accès aux marchés. Aujourd’hui, les exportations des PMA bénéficient d’un accès en franchise de droits aux marchés de destination et de règles d’origine simples et transparentes. Les services et fournisseurs de services des PMA bénéficient également de possibilités dans le domaine du commerce des services. Les PMA disposent aussi de flexibilités en matière de politique pour leur permettre d’intégrer les règles commerciales. Ces dernières années, les Membres de l’OMC ont aussi pris d’importantes mesures pour faciliter une transition sans heurt des pays sortant de la catégorie des PMA.
Outre ces progrès, au cours des 20 dernières années, les PMA ont également reçu plus de 223 milliards d’USD au titre de l’aide au développement liée au commerce pour construire des infrastructures et renforcer les secteurs productifs qui les aident à tirer davantage parti du commerce mondial. Les initiatives de renforcement des capacités commerciales continuent d’apporter un soutien indispensable à l’intégration du commerce. Plus tôt cette année, nous avons assisté avec satisfaction au lancement de la troisième phase du Cadre intégré renforcé.
Bien que nous ayons des exemples de réussite à partager, les progrès restent inégaux. Les exportations des PMA ne représentent encore que 1,04% des exportations mondiales de marchandises. La part des PMA dans les exportations mondiales de services est de 0,5%, et leur part dans les services fournis par voie numérique est de 0,2%. Trop de personnes vivant dans les PMA n’ont pas encore pleinement exploité leur potentiel commercial. Il faut que cela change.
Toutefois, les embûches ne cessent de se multiplier. Si de nouvelles possibilités se profilent, de nouveaux risques apparaissent également. L’année dernière, on a observé une baisse de plus d’un quart de l’aide publique au développement en faveur des PMA. La pression croissante sur les budgets consacrés à l’aide créé une incertitude pour l’Aide pour le commerce, qui représente près d’un cinquième du total de l’aide publique au développement.
Nous devons donc faire un choix.
Nous pouvons laisser les contraintes budgétaires et l’aggravation des écarts de capacité fragiliser encore plus les économies les plus vulnérables. Ou nous pouvons nous appuyer sur la dynamique créée pour établir des partenariats plus judicieux et aider les PMA à façonner l’avenir du commerce mondial.
Cela nécessite d’agir sur trois fronts.
Protéger l’aide pour le commerce des demandes concurrentes
L’ambition mondiale est de doubler l’Aide pour le commerce en faveur des PMA entre 2018 et 2031. Au cours des cinq dernières années, les décaissements ont augmenté de 1,2% et les engagements ont baissé de 5%. Cette tendance à la baisse est préoccupante.
Les PMA peinent également à attirer des financements provenant d’autres sources. En 2024, ils n’ont reçu que 13% du financement du développement lié au commerce non concessionnel, et 7% seulement du financement privé mobilisé pour le commerce. Leur part dans l’investissement étranger direct total est resté aux alentours des 2,5%.
Ces chiffres montrent que, dans des contextes vulnérables, le financement privé ne peut pas remplacer le soutien concessionnel. Au contraire, ce sont souvent les ressources concessionnelles qui rendent l’investissement privé possible. Elles nous aident à préparer les projets, à réduire les risques et à créer un environnement propice au commerce et à l’investissement.
Dans certains cas, des efforts sont déjà en cours. En Zambie, la coopération avec la Chine a permis de construire des usines de transformation de farine de maïs, ce qui a augmenté la valeur ajoutée locale et permis de créer de meilleurs emplois. Au Togo, les améliorations apportées dans le secteur du soja – y compris grâce au soutien fourni par le Cadre intégré renforcé – ont contribué à attirer 25 millions d’USD pour une installation moderne de transformation de fèves de soja.
Par conséquent, la réponse ne consiste pas à choisir entre l’aide et l’investissement. Elle consiste en une aide qui mobilise l’investissement. Il ne s’agit pas d’un financement public ou privé. Il s’agit d’un partenariat qui tire le meilleur profit des deux. Une réduction du soutien ciblé pour le commerce pourrait compromettre des années de progrès durement acquis.
Mettre l’accent sur les écarts de connaissances en matière de politique commerciale
Environ 98% de l’Aide pour le commerce en faveur des PMA est destinée aux infrastructures et aux secteurs de production. Et seulement 2% sont destinés à la politique et à la réglementation commerciales sous la forme d’un soutien qui contribue à la négociation et à la mise en œuvre des règles commerciales.
Des programmes ciblés – qui vont du Programme de la Chine pour les PMA au soutien quotidien que le Fonds pour la promotion du commerce du Royaume-Uni offre au Groupe des PMA de l’OMC – ont aidé les PMA à participer plus efficacement aux travaux de l’OMC.
La participation accrue des PMA à l’OMC a produit des résultats. Depuis 2022, les Membres de l’OMC ont adopté quatre décisions en réponse aux demandes des PMA. Il s’agit notamment de deux décisions visant à faciliter une transition sans heurt des pays sortant de la catégorie des PMA – une priorité centrale pour le Groupe des PMA.
L’assistance technique de l’OMC a également joué un rôle important. Depuis 2022, plus de 16 600 participants originaires de 42 PMA ont reçu une formation sur les règles de l’OMC et leur mise en œuvre. Ces programmes de soutien pour le commerce, modestes mais d’un grand impact, permettent aux pays d’acquérir les connaissances nécessaires pour négocier, des capacités de mise en œuvre et la confiance pour diriger. Or, ce sont précisément ces programmes que la réduction des budgets d’aide pourrait mettre en péril.
Repenser les stratégies de négociation
De grands groupes de Membres ont discuté de nouvelles règles, mais la participation des PMA à ces discussions a été en demi-teinte. Par exemple, sur les 70 Membres qui font partie de l’Accord sur le commerce électronique, qui vise à assurer un environnement favorable au commerce numérique, 5 seulement sont des PMA. Dans le même temps, nous constatons davantage d’intérêt de la part des PMA dans la facilitation de l’investissement, 27 PMA ayant accédé à l’Accord sur la facilitation de l’investissement pour le développement.
Depuis trop longtemps, les PMA se sont concentrés sur leurs intérêts défensifs – comment se protéger contre les nouvelles obligations et les difficultés de mise en œuvre. Ces préoccupations sont réelles. Mais des efforts supplémentaires sont nécessaires pour aider les PMA à identifier leurs priorités commerciales émergentes et les possibilités qu’elles offrent. Ils ne doivent donc plus se demander quels risques ils doivent éviter, mais plutôt quelles possibilités ils doivent saisir.
À l’heure où les Membres réfléchissent à la manière de réformer l’OMC, donner à chaque pays les moyens de contribuer aux négociations sur l’avenir du commerce est peut-être la meilleure approche. Des partenariats plus solides en matière de soutien pour le commerce resteront essentiels pour ces efforts.
Si vous souhaitez explorer d’autres idées sur la manière d’aider les PMA à jouer un rôle plus actif dans le commerce mondial, venez participer à la conversation lors de l’Examen global à l’OMC, le 29 octobre
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