
PH:DR: Cérémonie du Lancement du rapport
Officiellement lancé lors du Forum public de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC), le Rapport annuel sur le commerce mondial a été présenté par l’Économiste en chef, le professeur Robert STAIGER et son équipe. Fière du travail de recherches accompli, la Directrice générale de l’Institution, Dr Ngozi OKONJO-IWEALA, souligne que ce rapport contrairement aux précédents soulève des questions fondamentales telles que : Le fonctionnement du système GATT/OMC ; Les faiblesses et lacunes du système ; les forces et avancées du système et les tirs à corriger ?
Aline ASSANKPON
Les rapports annuels sur le commerce mondial se concentrent souvent sur un thème unique et ses implications pour le Commerce et l’OMC. Les éditions récentes ont porté, entre autres, sur l’Intelligence artificielle, l’inclusion macroéconomique, le changement climatique, la résilience et les services. Par contre, le rapport de l’année 2026 est différent et présente de véritables défis.
Alors que le système commercial mondial est confronté à des difficultés d’une ampleur inédite depuis sa création au lendemain de la Grande dépression et de la Seconde Guerre mondiale, ce document soulève des questions fondamentales : Comment le système GATT/OMC a-t-il fonctionné ? Où a-t-il failli ? Qu’est-ce qui fonctionne encore bien ? Qu’est-ce qui semble dépassé ? Tels sont les défis auxquels le présent rapport essaie d’apporter de réponses pertinentes.

PH:DR: l’Économiste en chef, le professeur Robert STAIGER
Alors que les Membres avancent sur la voie de la réforme de l’OMC, cette période difficile pour le système commercial pourrait marquer un tournant décisif vers son renouveau et sa revitalisation note la Directrice générale de l’OMC, Dr Ngozi Okonjo-Iweala. “Le nouveau Rapport sur le commerce mondial explique, avec rigueur factuelle et profondeur historique, ce que le système a permis d’accomplir et les points où ses mécanismes sont aujourd’hui mis à rude épreuve” a-t-elle déclaré à la cérémonie du lancement dudit rapport.
Le rapport souligne les tensions qui affectent le commerce mondial actuel et qui ne découlent pas principalement des règles et politiques commerciales. Les déséquilibres macroéconomiques, les innovations technologiques et les rivalités géopolitiques ont joué un rôle plus important. Les lacunes en matière de protection sociale nationale ont également pesé dans la balance. “Toutefois, un facteur majeur des perturbations actuelles réside dans le sentiment largement répandu que les règles de l’OMC n’ont pas suivi le rythme d’une économie mondiale en pleine mutation. Le nouveau rapport examine en profondeur les causes de ce malaise” observe la DG/OMC.
De l’avis du Dr Okonjo-Iweala, le rapport démontre de manière convaincante que bon nombre des pressions auxquelles l’OMC est confrontée aujourd’hui sont, dans une large mesure, la conséquence des succès du système. “Le système GATT/OMC a contribué à bâtir une économie mondiale plus ouverte, plus intégrée et davantage fondée sur des règles. Toutefois, dans l’économie mondiale actuelle, la puissance économique est bien plus largement répartie qu’en 1947, ou même qu’en 1995. Ainsi, bien qu’une économie mondiale de plus en plus multipolaire exige une coopération multilatérale efficace, il n’est guère surprenant que les enjeux de la politique commerciale soient plus élevés, les considérations géopolitiques occupant une place plus importante qu’auparavant”.
Le système commercial a joué un rôle essentiel dans la construction de cette économie mondiale plus prospère et, à bien des égards, plus équitable. “Depuis 1995, l’adhésion à l’OMC a contribué à accroître les échanges entre les membres d’environ 140 %. La part des économies à revenu faible ou intermédiaire dans le commerce mondial de marchandises a presque doublé pour atteindre 45 %. Une croissance plus rapide, stimulée par le commerce, a permis aux pays pauvres de réduire l’écart de revenu avec les pays riches pour la première fois depuis la révolution industrielle, il y a deux siècles.”
Bon nombre des succès de l’OMC perdurent en toute discrétion souligne le rapport : “L’organisation procure chaque jour des avantages considérables aux entreprises et aux ménages du monde entier. Près des trois quarts du commerce mondial de marchandises — environ 72 % — s’effectuent toujours selon les conditions de la clause de la nation la plus favorisée, négociées par nos 166 membres qui se sont juridiquement engagés à les respecter. Le commerce mondial atteint des niveaux records. Nous avons surmonté de multiples crises économiques sans revivre le protectionnisme des années 1930. Si des chocs ont mis en évidence des goulots d’étranglement dans les chaînes d’approvisionnement, la véritable révélation a été la résilience de ces chaînes. L’OMC continue d’assurer la stabilité du système commercial mondial”.
Par ailleurs, le rapport fait également cas des faiblesses et lacunes du système en lien avec l’économie mondiale. Il s’agit notamment : De nouveaux accords qui n’ont pu être conclus afin de permettre aux membres de saisir les opportunités y découlant. Des compromis trouvés dans les années 1990 ont été mis à rude épreuve énumère la DG/OMC même si elle rassure à travers l’excellent accord multilatéral sur les subventions à la pêche qui a été conclu.
“En outre, si le système GATT/OMC a longtemps dû gérer des problèmes dits « d’interface » entre des Membres aux systèmes économiques différents, l’ampleur et la portée de ces problèmes ont considérablement augmenté, exacerbant les tensions liées aux conditions de concurrence équitable” explique-t-elle
Malgré ces insuffisances, le rapport montre clairement que nous avons tous à perdre si le socle de stabilité du système venait à s’affaiblir.
Les analyses de scénarios réalisées par nos économistes indiquent qu’une fragmentation selon des lignes géopolitiques pourrait réduire le PIB mondial d’environ 5 %. Dans l’hypothèse d’une disparition de l’OMC au profit d’un réseau d’accords de libre-échange, les pertes avoisineraient les 7 %, les économies les plus petites et les plus pauvres étant plus durement touchées que les pays à revenu élevé.
À l’inverse, si les Membres agissent de manière résolue pour renforcer la coopération commerciale multilatérale — en préservant ce qui fonctionne et en réformant ce qui ne fonctionne pas —, le PIB mondial pourrait progresser d’environ 3 %.
Une leçon du rapport qui semble particulièrement pertinente aujourd’hui est que les Membres ont déjà, par le passé, réparé et renouvelé le système GATT/OMC. Il est en leur pouvoir de le faire à nouveau. “Ne cédons donc pas à la crainte : le système a déjà surmonté des défis et a su se renouveler et se revitaliser. Nous pouvons y parvenir encore une fois” rassure Dr Okonjo-Iweala.
Le Rapport sur le commerce mondial est présenté par l’Économiste en chef, le professeur Robert STAIGER et son équipe, composée de Kathryn Lundquist et Roberta Piermartini, qui ont coordonné l’ensemble du rapport, ainsi que les coordinateurs de chapitres, Marc Bacchetta, Michael Blanga-Gubbay, John Hancock et Stela Rubinova et le responsable de la communication, Ismaila Dieng.
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