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Economie: La Chine étend le «tarif douanier zéro» à toute l’Afrique, avec des effets économiques limités


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PH:DR: Xi JINPING, Président Chinois

La Chine supprime les droits de douane sur les produits de 53 pays d’Afrique à compter de ce 1er mai 2026. Une mesure présentée comme un geste fort en faveur du continent. Dans les faits, son impact économique apparaît pourtant limité.

Un petit geste économique pour un grand coup politique. Comme le souligne l’économiste et sinologue au CNRS Thierry Pairault, il existait déjà un empilement de dispositifs tarifaires favorables : « D’une part, la Chine pratiquait des tarifs nuls pour un certain nombre de produits dont l’Afrique bénéficiait au même titre que d’autres pays. Il y avait aussi des tarifs préférentiels dans le cadre de l’OMC et une tarification préférentielle à l’égard des pays les moins avancés. »

Résultat : « Il y avait déjà 96% au moins des produits qui bénéficiaient d’une absence de prélèvements douaniers. » La réforme ne porte donc que sur une fraction résiduelle du commerce.

Des produits africains déjà peu taxés

D’un point de vue économique, les marges de progression sont étroites, car les principaux produits exportés par l’Afrique vers la Chine sont des matières premières déjà peu ou pas taxées.

« Pour le pétrole brut, c’est la même chose, le gain est nul », explique l’économiste, qui étend ce constat aux minerais. La suppression officielle des tarifs ne change donc rien aux flux existants. Comme le confirme la chercheuse spécialiste de l’Afrique subsaharienne à l’Iris, Émilie Laffiteau, « cette suppression des droits de douane est assez relative, puisque déjà les produits africains allant vers la Chine étaient peu taxés jusque-là ».

Les rares gains potentiels se situent ailleurs, notamment dans certains produits agricoles ou transformés. Le cacao transformé, par exemple, aurait théoriquement pu bénéficier d’un meilleur accès au marché chinois. Mais là encore, les obstacles sont nombreux. « Vous avez une industrie chocolatière naissante en Chine et qui est très protégée », souligne Thierry Pairault. À défaut de barrières tarifaires, ce sont désormais « des barrières sanitaires et administratives qui risquent de bloquer » les exportations africaines. Dans ces conditions, difficile d’espérer un effet d’entraînement sur l’industrialisation du continent.

Le zéro droit de douane pour 53 pays africains en Chine «est un outil formidable, mais un outil ne suffit pas»

À partir du 1er mai, la Chine supprime les droits de douane sur près de 98 % des produits en provenance de 53 pays africains. Une mesure présentée comme un levier majeur pour doper les exportations africaines… et renforcer un peu plus les liens économiques entre Pékin et le continent. Mais derrière l’annonce politique, une question centrale : comment transformer cette opportunité commerciale en réalité concrète sur le terrain ? Entre la promesse du « zéro tarif » et sa mise en œuvre effective, tout se joue dans les coulisses du commerce : logistique, infrastructures et intérêts stratégiques.

PH:DR: Ababacar Niang, commerçant sénégalais à Yiwu

C’est ce qu’explique Ababacar Niang, commerçant sénégalais à Yiwu, le hub pour l’import-export de produits de consommation. Sur le papier, la suppression des droits de douane ouvre en effet des perspectives considérables pour les exportateurs africains. Mais dans les faits, tout dépendra de la capacité à structurer les filières, à répondre aux normes chinoises et à sécuriser les débouchés. Car certains produits illustrent déjà ce potentiel et ses limites, comme le souligne Ababacar Niang : « Quand on exporte de l’arachide, son prix est de 280 francs CFA. Or, 280 francs CFA, c’est à peu près 0,5 dollar. Donc, à 0,5 dollar, vous envoyez le produit ici, en Chine, et vous pouvez le vendre à 1,5 ou 2 dollars. Donc, c’est très intéressant parce qu’ils ont besoin d’arachides de l’Afrique, surtout celles du Sénégal, pour faire de l’huile d’arachide, etc. Et ils ont besoin aussi de ses résidus pour faire des produits dérivés comme le savon, etc. » « Sur le papier, c’est facile, mais… » Mais de prévenir : « Mais il faut aussi qu’on ait les critères. C’est le plus important et qu’il y ait un suivi. Moi, je pense qu’un système de joint-venture serait mieux : la Chine, les futurs clients chinois et les producteurs africains qui se mettent en joint-venture et qui collaborent ensemble. Donc, il y a une promesse d’achat, il y a un financement et il y a un suivi et accompagnement jusqu’à la fin. Et comme ça, ça va profiter à tout le monde et il n’y aura pas de surplus. » Il conclut : « Cette mesure sur le papier, c’est facile, mais il faut qu’une grande organisation logistique et administrative suive. Ce « zéro tarif » est un outil formidable, mais un outil ne suffit pas. Il faut des routes, des papiers, des partenaires. À Yiwu, ici, on est justement en train de construire ce pont. Donc j’espère qu’on sera très impliqué là-dedans pour que ce soit un partenariat gagnant-gagnant pour les Africains et les Chinois ». Le commerçant a tout de même constaté une hausse de 84% des volumes d’importation depuis le début de 2026. « Nous privilégions avant tout nos intérêts stratégiques concrets » Pékin poursuit aussi ses propres objectifs, estime Li Ye, président de la Chambre de commerce régionale : « À mon sens, lorsque nous mettons en œuvre une telle politique, nous privilégions avant tout nos intérêts stratégiques concrets : par exemple, diversifier la chaîne d’approvisionnement en matières premières de base. Autrefois, nous importions principalement du minerai de fer d’Australie ou du Brésil. En développant aussi nos échanges avec l’Afrique, nous créons de nouvelles sources d’approvisionnement. » Li Ye souligne que les exportations vers l’Afrique augmentent chaque année tandis que les échanges commerciaux avec l’Europe et les États-Unis rencontrent des contraintes et sont donc de plus en plus limités. Tout dépendra désormais d’une chose : transformer la promesse politique en flux commerciaux réels.

Des bénéfices marginaux pour les exportateurs agricoles

Au total, les gains attendus restent faibles. Selon les estimations de l’économiste, ils pourraient atteindre « 100 à 300 millions de dollars au maximum », un montant sans commune mesure avec le déficit commercial africain vis-à-vis de la Chine, qui dépasse les 100 milliards de dollars. « Ce n’est pas ça qui va aider à combler son déficit ou aller vraiment vers l’avant », insiste-t-il. Une analyse partagée par Émilie Laffiteau : « Ça risque d’avoir un effet volume, mais je ne pense pas que ça puisse amoindrir le déficit en général. » Selon elle, certains pays pourraient en tirer des bénéfices marginaux, notamment « des agro-exportateurs solides tels que le Maroc, l’Afrique du Sud ou la Côte d’Ivoire, mais cette mesure ne va pas structurellement transformer l’asymétrie des échanges », souligne-t-elle, et risque au contraire de la prolonger.

Quand les États-Unis augmentent les droits de douane… la Chine les baisse

Dès lors, cette réforme est avant tout politique. Dans un contexte international marqué par le durcissement commercial américain, la Chine se positionne à l’inverse comme un acteur ouvert. « Si vous, d’un côté, avez les États-Unis qui disent j’augmente, de l’autre qui disent je baisse, il est évident que l’image de marque de la Chine gagne. » Ce geste n’est pas pour autant totalement anodin. Il marque une évolution politique importante, puisqu’il est désormais étendu à presque tous les pays africains, et non plus seulement aux pays les moins avancés, exception faite de l’Eswatini pour des raisons politiques. Une extension qui permet à Pékin de se distinguer des autres partenaires occidentaux du continent. « Pour la première fois, de fait, la Chine va aller plus loin que ce que faisait jusqu’à présent l’Union européenne », observe Thierry Pairault.

Là encore, Émilie Laffiteau insiste : la Chine cherche avant tout à « sécuriser son approvisionnement en matières premières essentielles à son industrie ». Derrière l’affichage d’une ouverture commerciale, ce sont surtout des considérations géopolitiques qui motivent ces suppressions de droits de douane. (Source : RFI)


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