Flash Infos:

Esclavage: à Accra, l’Afrique et sa diaspora tentent de parler d’une seule voix sur la question des réparations


47 Vues

PH:DR: Les nations et les communautés africaines ont le plus à perdre et le plus à gagner des écosystèmes marins.

Réunis du 17 au 19 juin au Ghana pour le premier grand sommet organisé depuis l’adoption de la résolution historique des Nations unies sur les conséquences de l’esclavage en mars dernier, dirigeants africains et représentants des Caraïbes tentent de transformer cette avancée diplomatique symbolique en propositions concrètes.

Avant même d’entrer dans les salles du sommet, les chefs d’État participant au sommet d’Accra ont été accueillis par deux grandes portes baptisées « Doors of Return » [« Porte du retour », en français] installées à l’entrée de l’hôtel Kempinski. L’histoire est cette fois racontée à l’envers : là où les « Doors of No Return » [Portes du non-retour] marquaient le départ forcé vers l’esclavage, celles-ci célèbrent un retour symbolique vers l’Afrique.

L’initiative résume l’ambition de cette rencontre consacrée aux réparations liées à l’esclavage et au colonialisme. Pendant trois jours, chefs d’État africains, dirigeants caribéens et représentants de la diaspora tentent de définir une position commune après l’adoption, en mars dernier, de la résolution des Nations unies sur les conséquences de la traite transatlantique.

« Restaurer la dignité »

Parmi les dirigeants présents figuraient notamment le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye, le président libérien Joseph Boakai, la présidente namibienne Netumbo Nandi-Ndaitwah, ou encore la Première ministre de la Barbade, Mia Mottley.

Pour Bassirou Diomaye Faye, la question des réparations dépasse la seule dimension financière. Elle participe d’un effort plus large visant à « restaurer la dignité » des peuples africains. Le président ghanéen John Mahama, désigné par l’Union africaine (UA) pour porter ce dossier, a lui insisté sur la place centrale de la diaspora dans ce processus. « Les descendants de ceux qui ont subi l’esclavage ne sont pas de simples observateurs de ce processus. Ce sont eux les premiers concernés », a-t-il notamment déclaré.

De la mémoire aux mécanismes concrets

Au-delà des déclarations de principe, plusieurs participants ont aussi insisté sur la nécessité de définir des mécanismes concrets. La Première ministre de la Barbade, Mia Mottley, est ainsi venue défendre le plan en dix points de la Communauté caribéenne (Caricom) qui prévoit entre autre des mesures liées au développement, au transfert de technologies et à l’allègement de la dette.

Pour elle en effet, les conséquences de l’esclavage ne se résument pas à une perte de main-d’œuvre. « Ce qui a été emporté d’Afrique à travers l’Atlantique, ce n’était pas seulement une force de travail, mais aussi des idées, une humanité, des arts et une culture », a-t-elle affirmé.

Dans un message vidéo adressé aux participants, Emmanuel Macron a également assuré que la France soutenait pleinement l’initiative portée par le Ghana, malgré l’abstention de Paris lors du vote de la résolution de l’ONU.

John Mahama a par ailleurs annoncé la création de trois panels internationaux consacrés à la justice réparatrice, à la restitution des biens culturels et aux voies juridiques permettant de faire avancer ce dossier.

Les participants doivent adopter une déclaration finale à l’issue du sommet, avec l’ambition de transformer l’élan créé par la résolution de l’ONU en programme d’action.

 

Opinion politique: L’avenir des océans se jouera en Afrique

Les nations et les communautés africaines ont le plus à perdre et le plus à gagner des écosystèmes marins.

Lorsque les dirigeants du monde entier se réunissent à Mombasa, au Kenya, du 16 au 18 juin, pour la conférence « Our Ocean », ce sera la première fois que ce rassemblement mondial se tiendra sur le sol africain.

Voilà bien plus qu’une étape symbolique. Cela reflète une réalité de plus en plus évidente : l’avenir des océans – et celui des centaines de millions de personnes qui en dépendent pour leur alimentation, leurs emplois et leur sécurité économique – sera de plus en plus façonné par le leadership africain.

Pour beaucoup, l’océan est encore principalement considéré comme un enjeu environnemental. À travers l’Afrique, il est bien plus que cela. La mer est un enjeu économique. Un enjeu de sécurité alimentaire. Un enjeu climatique. Et pour d’innombrables communautés côtières, la mer fait partie intégrante de leur identité culturelle et de leur mode de vie. Pourtant, alors que les populations côtières africaines continuent de croître rapidement, l’océan dont elles dépendent change encore plus vite.

Nos océans subissent une pression croissante. Le changement climatique réchauffe les eaux et perturbe les écosystèmes marins. La pollution plastique continue d’envahir nos océans à un rythme alarmant. La pêche destructrice endommage les habitats qui protègent les côtes et soutiennent la vie marine. La pêche illicite, non déclarée et non réglementée prive les nations côtières de revenus essentiels tout en compromettant la sécurité alimentaire des communautés qui dépendent des populations de poissons locales.

Ces défis sont mondiaux, mais ce sont souvent les communautés côtières à travers l’Afrique qui les ressentent le plus vivement.

Dans le même temps, l’Afrique contribue à trouver des solutions. À travers le continent, les gouvernements, les scientifiques, les pêcheurs, les entrepreneurs et les communautés locales mettent en œuvre des approches innovantes en matière de conservation marine et de développement durable.

L’expérience du Kenya

Les pays restaurent les mangroves, renforcent la gestion des pêches, améliorent la transparence en mer, étendent les aires marines protégées et investissent dans des économies bleues durables qui profitent à la fois aux populations et à la nature. Ces efforts ne se contentent pas de protéger les écosystèmes marins ; ils contribuent à préserver l’alimentation, les moyens de subsistance et les opportunités économiques locales.

L’expérience du Kenya en est un exemple éloquent. Depuis des décennies, le Kenya travaille aux côtés des communautés côtières pour protéger d’importants habitats coralliens, de Malindi-Watamu au nord jusqu’à Kisite-Mpunguti au sud. Ces efforts ont contribué à préserver la vie marine, à renforcer la pêche et à soutenir les communautés dont les moyens de subsistance et le bien-être dépendent de la santé des océans.

La leçon à en tirer dépasse largement le cadre du Kenya. Une protection durable des océans ne peut être imposée d’en haut. Elle doit être construite avec les personnes qui dépendent de l’océan au quotidien. Les pêcheurs, les communautés, les peuples autochtones et les dirigeants locaux, qui ont le plus à perdre d’un océan en déclin, sont souvent ceux qui comprennent le mieux comment le protéger.

Les femmes et les jeunes occupent une place de plus en plus centrale dans ce travail. Le long de la côte kenyane et dans toute l’Afrique, les dirigeants communautaires contribuent à mettre en place des pêcheries plus résilientes, à restaurer des habitats essentiels et à créer de nouvelles opportunités économiques liées à la santé des océans. Leurs efforts nous enseignent une leçon importante : ceux qui sont les plus touchés par le déclin des océans doivent avoir leur place à la table des négociations. Lorsqu’ils y sont, les solutions sont plus durables, plus équitables et ont plus de chances de réussir, car elles s’appuient sur les connaissances locales et les besoins des communautés.

Le Kenya est fier d’accueillir la conférence de cette année et de présenter les solutions émergeant de toute l’Afrique et de la région de l’océan Indien occidental. Pour autant, l’importance de ce moment dépasse le cadre d’un seul pays.

À une époque où les tensions géopolitiques s’intensifient et où la coopération internationale est mise à rude épreuve, l’océan reste l’un des plus grands facteurs d’unité au monde – et l’une des responsabilités les plus partagées de l’humanité. Les courants océaniques ne connaissent pas de frontières. Les populations de poissons migrent d’une juridiction à l’autre. La pollution se propage à travers les océans. Aucune nation ne peut elle seule, relever ces défis.

L’heure des engagements

Le monde approche à grands pas de l’échéance fixée pour protéger au moins 30 % de l’océan d’ici à 2030. Le traité historique sur la haute mer offre une occasion sans précédent de préserver la biodiversité marine au-delà des eaux territoriales. Or, les engagements seuls ne suffiront pas à protéger l’océan. Les pays doivent aller jusqu’au bout de leurs engagements en matière de ratification, de mise en œuvre, d’investissement et de responsabilité.

La décennie à venir déterminera si les générations futures hériteront d’océans capables d’assurer la sécurité alimentaire, les opportunités économiques et la résilience climatique. Les décisions que les gouvernements prennent aujourd’hui façonneront les communautés et les écosystèmes pour les décennies à venir.

L’Afrique a un rôle essentiel à jouer dans cet avenir. L’organisation en Afrique de la conférence « Our Ocean » est la reconnaissance du fait que les nations et les communautés africaines ont parmi les plus grands risques à courir si les écosystèmes océaniques continuent de souffrir – mais aussi parmi les plus grands bénéfices à tirer de la protection et de la restauration de l’océan. De plus en plus, elles contribuent à tracer la voie de l’action mondiale en faveur des océans.

L’océan nous a toujours reliés. À un moment où tant d’autres choses nous divisent, il peut aussi nous rappeler ce que nous partageons.

Protéger l’océan et protéger les populations sont des objectifs indissociables. Pour atteindre l’un ou l’autre, il faudra de la coopération, un engagement soutenu et un leadership de la part de toutes les régions du monde. L’Afrique contribue à montrer à quoi ressemble ce leadership.

La question est de savoir si le reste du monde est prêt à se montrer à la hauteur de cette ambition.

L’avenir des océans se jouera en Afrique


Répondre

Votre adresse email ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont marqués d'une étoile *

*

Revenir en haut de la page