
PH:DR » : Fernand Dagoudo : « la 8ᵉ place du Bénin en Afrique subsaharienne envoie un signal positif, mais ce rang s’accompagne aussi de nouvelles attentes ».
L’organisation internationale de lutte contre la corruption Transparency International a publié le 10 février 2026, son classement de l’Indice de perception de la corruption (IPC), plaçant le Bénin au 8ᵉ rang en Afrique subsaharienne et 70è au niveau mondial avec un score de 45 sur 100, identique à celui de 2024. Ce résultat s’inscrit dans la continuité des réformes menées par le président Patrice Talon ses dix dernières années, mais il montre aussi un écart entre les actions engagées et leur prise en compte dans l’évaluation de l’organisation internationale.
Une stabilité qui ressemble plus à une phase de transition qu’à un arrêt des progrès
À première vue, le maintien du score peut sembler décevant. Mais dans un contexte africain où la moyenne régionale avoisine les 33 points, le Bénin reste au-dessus de la tendance générale. Cette stabilité peut ainsi être perçue comme une étape de consolidation : les réformes engagées depuis 2016 ont posé des bases solides, sans que leurs effets ne se reflètent encore pleinement dans la perception internationale.
Les classements de Transparency International reposent en grande partie sur l’image que renvoient les États en matière de gouvernance. Or, cette perception évolue souvent plus lentement que les réformes elles-mêmes. Le cas béninois illustre donc un décalage entre l’action publique et sa reconnaissance sur la scène internationale.
Depuis 2016, des institutions sont renforcées pour mieux lutter contre la corruption
Pour comprendre la trajectoire actuelle du Bénin, il faut d’abord revenir aux réformes engagées depuis l’arrivée au pouvoir du président Patrice Talon en 2016. Depuis lors, plusieurs institutions ont été créées ou renforcées pour lutter efficacement contre la corruption et les délits économiques. D’abord, la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET) s’est imposée avec des réponses judiciaires plus directes face aux affaires financières. Ensuite, le Haut-Commissariat à la Prévention de la Corruption (HCPC) agit en amont à travers des actions de prévention et de sensibilisation. À cela s’ajoute le renforcement du rôle de la Cour des comptes, chargée de veiller à la bonne gestion des ressources publiques.
Par ailleurs, la création du Centre national d’investigations numériques montre que l’État cherche à mieux encadrer les fraudes liées au numérique. Dans le même temps, la CENTIF, déjà engagée dans la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme, renforce ses contrôles et impose davantage d’exigences aux entreprises publiques comme privées.
Digitalisation et coopération internationale : deux leviers clés pour avancer
Au-delà du renforcement des institutions, la digitalisation des services publics transforme peu à peu le fonctionnement de l’administration béninoise. En réduisant les contacts directs et en automatisant certaines démarches, le gouvernement de la rupture cherche à limiter les pratiques irrégulières du quotidien. Dans cette dynamique, le ministère du Numérique et de la Digitalisation joue un important rôle, notamment à travers les structures comme l’Agence nationale d’identification des personnes (ANIP) et l’Agence des systèmes d’information et du numérique (ASIN), qui contribuent à la modernisation de l’État et à un meilleur suivi des opérations publiques.
Par ailleurs, le Bénin s’ouvre davantage à l’international avec son adhésion à des initiatives telles que le GlobE Network des Nations unies, un cadre qui encourage la coopération entre pays et renforce la confiance des partenaires étrangers. Toutes ces réformes restent des actions concrètes engagées par le gouvernement. Toutefois, il faut reconnaître qu’elles sont encore récentes, ce qui peut expliquer leur faible impact dans la dernière évaluation. Leurs effets devraient apparaître progressivement dans les prochaines analyses.
Entre reconnaissance en Afrique et attentes de plus en plus fortes
La 8ᵉ place du Bénin en Afrique subsaharienne envoie un signal positif, mais ce rang s’accompagne aussi de nouvelles attentes. En se situant au-dessus de la moyenne régionale, le pays entre peu à peu dans le groupe des États africains souvent cités en exemple en matière de gouvernance. Dès lors, le défi pour les prochaines années est clair : d’un côté, continuer à consolider les bases déjà posées et, de l’autre, présenter des résultats concrets sur la transparence, la gestion publique et la confiance des citoyens. Car même si un score stable peut montrer une certaine régularité, nos autorités sont désormais attendues sur une accélération réelle des réformes et sur des effets visibles.
Un moment clé pour l’image du Bénin à l’international
Au final, la stabilité du score IPC du Bénin entre 2024 et 2025 ne veut pas dire qu’il ne se passe rien. Elle traduit plutôt une phase de transition, où les réformes lancées depuis 2016 cherchent encore à produire des effets visibles à l’international. Depuis quelques années, le gouvernement de la rupture s’appuie sur plusieurs leviers : renforcer la justice économique, prévenir la corruption et moderniser l’administration. Même si ces actions ne se reflètent pas encore pleinement dans les évaluations internationales, elles pourraient avoir un impact dans les prochaines années. En clair, il ne s’agit pas seulement d’une stagnation, mais celle d’un possible passage vers une nouvelle phase d’accélération.
Par Fernand Dagoudo, Professionnel de la gestion des risques, du contrôle interne et de la conformité.
A propos de Fernand Dagoudo
Professionnel de la gestion des risques, du contrôle interne et de la conformité, Fernand Dagoudo est titulaire d’un Master 2 en Audit et Contrôle de Gestion du CESAG Business School et cumule plus de sept ans d’expérience en banque, assurance et cabinet d’audit et d’expertise comptable. Certifié en Risk Management, LBC/FT, Conformité, Contrôle interne et ISO 37001, il occupe actuellement le poste de Contrôleur interne dans une Holding panafricaine, où il contribue au pilotage des dispositifs de contrôle et de gestion des risques à l’échelle du Groupe. Parallèlement, il intervient comme Enseignant associé au Sénégal et en Côte d’Ivoire pour former les futurs professionnels aux métiers du contrôle interne, de la conformité et du risk management.
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