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Afrique/Mettre fin au mariage des enfants: Pour tirer profit du dividende démographique de l’Afrique 


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Ph:DR: Le mariage des enfants a des conséquences économiques majeures pour les pays et les régions africains

La prospérité future de l’Afrique repose sur ses filles…

L’Afrique abrite environ 160 millions d’adolescentes âgées de 10 à 19 ans. Elles incarnent l’énergie, la créativité et le potentiel du continent. Il est indéniable que l’Afrique que nous voulons, telle qu’envisagée dans l’Agenda 2063 de l’Union africaine, ne pourra se réaliser sans la pleine participation de ce groupe, qui représente une composante essentielle de la main-d’œuvre actuelle et future du continent. Or, l’un des obstacles les plus persistants à la réalisation de cette vision est la prévalence du mariage des enfants et son impact négatif sur les capacités productives de l’Afrique.

Le mariage des enfants figure parmi les contraintes structurelles les plus sous-estimées qui entravent la capacité de l’Afrique à exploiter son dividende démographique.

…et pourtant, des millions de personnes sont laissées pour compte.

Les statistiques dressent un tableau préoccupant. Selon la Banque mondiale, quatre filles sur dix âgées de 15 à 19 ans en Afrique (hors Afrique du Nord) ne sont ni scolarisées ni employées, ou sont mariées ou ont des enfants, contre à peine plus d’une sur dix en Afrique subsaharienne. En moyenne, près d’un tiers (32 %) des jeunes femmes (âgées de 15 à 24 ans) ne sont ni scolarisées, ni employées, ni en formation (NEET), contre 23 % des garçons de la même tranche d’âge (figure 1).

En Afrique, 130 millions de femmes et de filles ont été mariées avant leur 18e anniversaire, soit le taux le plus élevé au monde (UNICEF, 2025). La prévalence du mariage d’enfants varie selon les régions du continent. L’Afrique centrale et l’Afrique de l’Ouest supportent une part disproportionnée de ce problème. Mais même l’Afrique du Nord, qui affiche le taux le plus bas, bien que significatif, de mariages d’enfants, montre que cette pratique néfaste persiste sur le continent (figure 2). De plus, neuf des dix pays présentant le taux le plus élevé de mariage d’enfants se trouvent en Afrique.

(% de filles mariées avant l’âge de 18 ans)

Source : Portail de l’UNICEF sur le mariage des enfants, Prévalence et impact du mariage des enfants.

Les données reflètent les informations les plus récentes disponibles pour la période 2016-2023.

…et les coûts économiques sont considérables.

Le mariage des enfants est le plus souvent présenté comme une violation des droits humains ou un problème social et sanitaire. Et de fait, les complications liées à la grossesse et à l’accouchement demeurent une cause majeure de mortalité chez les adolescentes. Ces aspects tragiques et les plus visibles ne représentent cependant qu’une partie du problème. De manière moins visible, mais le plus fréquent, les mariages d’enfants sont associés à des grossesses précoces et excluent de fait les filles de l’éducation et de la participation économique formelle au moment même où les investissements dans les compétences et l’apprentissage sont les plus rentables (figures 4 et 5). Outre le fait de limiter l’avenir des individus, cette pratique a donc des conséquences économiques majeures pour les pays et les régions africains.

Les conséquences pour les marchés du travail africains sont particulièrement graves. Une transformation structurelle productive exige une main-d’œuvre capable de passer d’activités à faible productivité à des secteurs à plus forte valeur ajoutée, notamment l’industrie manufacturière, les services modernes et l’économie numérique. Lorsque l’éducation et l’acquisition de compétences des filles sont interrompues, l’offre de main-d’œuvre qualifiée pour ces secteurs diminue. Par conséquent, les incitations pour les entrepreneurs à créer et développer des entreprises productives s’en trouvent réduites. Au niveau macroéconomique, la croissance de la productivité, la création d’emplois dans le secteur formel et la diversification vers des activités à forte valeur ajoutée sont compromises.

Les coûts économiques des mariages d’enfants se répercutent de génération en génération. Cette pratique est étroitement liée à une fécondité précoce et élevée, à une augmentation de la morbidité et de la mortalité maternelles, ainsi qu’à des résultats scolaires et sanitaires plus faibles pour les enfants. Si rien n’est fait, ces conséquences sociales entraînent une baisse du capital humain (niveau d’instruction et santé) de la génération suivante, réduisant ainsi la productivité du travail et l’innovation. À terme, elles constituent un obstacle persistant à la viabilité budgétaire, à l’intégration régionale et à une croissance inclusive.

Ces dynamiques compromettent les chances de l’Afrique de tirer profit de son dividende démographique. Si la croissance de la population active du continent est perçue comme une source potentielle d’accélération de la croissance, à condition d’investir adéquatement dans la santé, l’éducation et la création d’emplois, les mariages d’enfants s’accompagnent d’une réduction de l’emploi féminin dans le secteur formel (Figure 6). Par conséquent, les gains de productivité sont inférieurs à leur potentiel et les opportunités démographiques risquent de se transformer en fardeau démographique.

Malgré ses implications macroéconomiques négatives, le mariage d’enfants n’est pas pris en compte dans les cadres et les discussions économiques dominants qui sous-tendent la planification et les politiques macroéconomiques en Afrique. Il est généralement abordé par des interventions sociales ou juridiques, tandis que les stratégies macroéconomiques, les politiques industrielles et les cadres fiscaux sont traités comme si ces contraintes liées au capital humain étaient exogènes. Ce manque de communication entraîne un sous-investissement systématique dans l’un des principaux freins à la productivité de l’Afrique.

Les décideurs politiques et la population dans son ensemble doivent repenser la question du mariage d’enfants.

D’un point de vue économique, l’argument en faveur de l’investissement dans les filles est convaincant. Les analyses montrent systématiquement que les investissements dans l’éducation et la santé des filles génèrent des retours sur investissement élevés, augmentant leurs revenus tout au long de leur vie et stimulant la productivité. Combler les inégalités entre les sexes en matière d’éducation, d’emploi et de prise de décision pourrait ajouter mille milliards de dollars au PIB africain en 2043[3]. Selon les estimations, chaque dollar investi dans la santé, l’éducation et l’autonomisation des adolescentes peut générer des retours économiques considérables sur le long terme.

Pour traduire ces données en politiques efficaces, il faudra changer d’approche et considérer l’élimination du mariage d’enfants comme un élément central de la stratégie économique africaine. Les indicateurs relatifs à l’éducation, à l’emploi et aux responsabilités familiales non rémunérées des adolescentes devraient ainsi être pleinement intégrés aux cadres macroéconomiques, aux projections du marché du travail et aux évaluations des capacités productives. Dans ce contexte, s’attaquer au problème du mariage d’enfants en Afrique est une nécessité économique, car la réussite de la transformation du continent repose sur la pleine mobilisation du potentiel productif de sa population. Cela exige un investissement soutenu dans les filles, considérées comme des actrices économiques et non comme de simples bénéficiaires de programmes sociaux.

L’Afrique doit financer l’avenir de ses filles, et des mesures telles que le renforcement de la mobilisation des ressources nationales, la budgétisation sensible au genre et les obligations à impact social et environnemental pourraient y contribuer largement. De plus, les décideurs politiques devraient considérer les dépenses publiques visant à réduire les mariages d’enfants et à soutenir la poursuite des études des filles comme des investissements et non comme de simples dépenses sociales. Cela permettrait d’aligner les cadres budgétaires sur les objectifs de croissance à long terme.

Mettre fin à la pratique du mariage d’enfants ne garantira pas, à elle seule, que l’Afrique atteindra ses objectifs de développement. Toutefois, si cette question n’est pas abordée, elle restera sans réponse.

Source : Auteurs, d’après le Portail Genre de la Banque mondiale.


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